Autres textes

’Cinéma plein air et… pan-bagnat à l’algéroise !

 

Jeunes, l’été nous passions nos journées à la mer. Le matin, dès potron minet, à la pêche à la ligne quand ce n’était pas la chasse sous-marine que — de toute manière — nous pratiquions après la pêche à la ligne.
Ce qui fait que l’après-midi, la maternelle nous intimait l’ordre de faire la sieste obligatoirement, la corvée en clair quand les copains n’étaient pas soumis au même diktat.


Mais après nos deux heures de sommeil diurne, nous redescendions à la mer pour nous divertir, plongeons entre autres activités car le gros rocher de la plage de l’Indépendance était surmonté d’un madrier, pas flexible pour un sou, en guise de planche. Nous faisions des démonstrations de sauts de l’ange, de sauts carpés ou de « mauresques » à la plus grande curiosité des gars de Bab-el-Oued qui rentraient, pedibus corpus, de la plage Lebhar des Deux-Moulins pour profiter du boulevard Pitolet sur toute sa longueur.
Après quoi, nous remontions au logis, déserté par la maternelle, pour y prendre une bonne douche, l’histoire de nous dessaler et de revêtir des shorts kakis qui avaient l’avantage de faire ressortir le bronzage de nos jolis gambettes, celui des bras étant davantage mis en valeur par des chemisettes et ou tee-shirt hauts en couleurs.


Car le soir, il y avait le rituel cinéma en plein air des Deux Moulins auquel nous étions d’une fidélité monastique, quelle que soit la valeur du spectacle. Il faut dire que la télévision en noir et blanc de l’époque était loin de la valeur du cinémascope en technicolor grand écran aux couleurs chatoyantes des films américains.
On sortait de là comme d’un rêve tout était gris dehors alors qu’aujourd’hui, quand je sors de la projection d’un film américain je respire à nouveau, heureux d ‘échapper aux tueries, aux massacres généralisés ou à l’angoisse des films d ‘épouvante. Questions de générations sans doute, mais je préférais l’eau de rose à la violence d’aujourd’hui. Le cinéma, c’était le rêve qui nous sortait de la routine. Esther Williams et ses maillots comme son corps de rêve également, Chantons sous la pluie qui nous donnait du tonus pour trois mois au moins, de l’optimisme en tout cas.
Aujourd’hui quand je sors d’un film, j’ai l’impression d’être le chasseur sous-marin qui remonte de 15 à 20 mètres de fond en suppliant la surface d’arriver bien vite et je vide mes poumons avec la même ardeur. Content d’être dehors, ce qui était radicalement l’inverse avant.


Mais avant de partir au cinoche en plein air, il nous fallait nous sustenter après la large débauche d’énergie de la journée. Et je me régalais d’un pan bagnat à l’algéroise car, bien sûr, nous ne l’appelions pas comme cela. Je prenais une demi baguette de pain, bien croustillante, que j’ouvrais en deux sur toute sa longueur, je la plaçais sous le robinet de la cuisine et y faisait couler un léger filet d’eau sur toute la longueur de la mie, que j’imbibais ensuite d’huile d’olive, de chez Tamzali, qui nous venait tout droit de Kabylie je crois, ensuite je prenais deux belles tomates et j’y écrasais la pulpe et les graines, pulpe que je finissais de croquer, car seuls le jus de la tomate cueillie à moitié mûre et les graines qu’aujourd’hui, on évite de mettre, mais pas moi, importaient. J’ajoutais quelques filets d’anchois et deux ou trois olives noires à la grecque, à l’huile en clair et quelques rondelles d’oignon tendre. Oignon tendre appelé cébettes sur la Côte d’Azur mais que le grand père algérois qualifiait de « bananes de Saragosse ». Rien que d’y penser, je m’en lèche encore les babines.
Un peu comme les casse-croûte que l’on se faisait, juste après la guerre de 1939-1945, avec ce gros pain blanc croustillant, du beurre à foison et du jambon blanc (cuit) avec la couenne tout autour que je croquais en premier. Un souvenir de jeunesse in-dé-lé-bi-le !
Et au cinéma plein air, il y avait toutes les belles filles du quartier qui rivalisaient de beauté dans leurs petites robes en vichy à carreaux de couleur pastel et des ballerines, c’est B.B qui imposait cette mode. À notre plus grande satisfaction d’ailleurs.


gerard-stagliano@wanadoo.fr