Voici l'un des 140 poèmes de l'ouvrage

 

 

Ode à

Achille Laugé
                                                               

Là, un ruisseau caché se faufile et murmure
Glissant dans la tranchée des ponceaux de verdure,
Il passe calme et limpide, sans bruit, à l’aveuglette,
Tout près de sa bastide, le mas de « l’Alouette »

Là, est la source pure de ses jours qui s’écoulent
Comme l’onde qui murmure et serpente… un peu saoule.
C’est une maisonnette posée dans la nature,
Investie et couverte d’un rempart de ramures,

Lorsque ses yeux se portent au-delà des coteaux,
Une belle image s’ouvre aux portes de Cailhau.
Un charmant clocher vert au tertre arraché,
S’invite à son pinceau comme une œuvre ébauchée,

Des éléments rivaux attendent sur le seuil
Des plaines et des collines où volent les écureuils.
Genêts et vieilles souches posés comme des ruines,
Se disputent ses faveurs en luttes intestines,

Le soleil, vieux témoin des bien-êtres intimes,
Fait naître entre ses mains, un désir légitime ;
Il rassemble charrette, toile et crayons épars
Pour croquer ce qui guette et touche son regard,

Et il va comme un pâtre, serein et solitaire,
Répandre dans le cadre, ses points et ses repères.
C’est sa mine qui mord les ombres et les contours,
Sur des autels d’or, d’éclats, de contre-jour,

 Son œil a souligné et définit la trame,
Son  cœur a consigné et élevé son âme,
Et tandis que le ciel a muté au vermeil,
Des mots truffés de miel glissent à son oreille,

Dans la lumière intime de l’atelier sauvage
Les voilages ultimes évacuent le cadrage
Il fait naître des lieux puis des couleurs bohèmes
Tout désigne son Dieu et tout est son emblème,

Avec une grande rigueur d’intense poésie
Il divise le ton et trouve l’harmonie,
Des points et des hachures se posent pour mourir
Puis semblent tout à coup palpiter et courir,

Laugé peint sa chanson, la magie de l’éveil,
Les odeurs des saisons et le son des abeilles,
Tout ce qui vient du ciel n’y retournera pas ;
L’ardent Razès l’appelle et dirige ses pas.

Convive des sillons, il déploie son ardeur
Pour peindre sur le mont, les amandiers en fleurs
L’œil du matin l’anime, le féconde, l’assouvit,
Il en brosse un grand hymne, chemin de La Gardie,

  Il lance au ciel serein, tournesols et genêts
Et un concert divin à l’évêché d’Alet,
C’est Notre Dame des près à quelques hectomètres,
C’est une femme sublimée assise à sa fenêtre,

  Sa lumière s’investit, enveloppant les ombres,
Laugé rejoint la vie et roule sans encombre,
Partout dans les chemins où se pose sa vue,
Dans la gloire des matins, un soleil le salue,

On dit d’Achille Laugé, que c’est lui qui fait naître
Les fleurs et les vergers des espaces champêtres,
Et qu’avec son printemps, nul feuillu ni ramure,
N’est exclu de ce grand… festin de la nature.

Il demeure éternel, en astre du Razès,
Comme la lune dans le ciel, en grande poétesse,
Comme un phare avancé sur les pentes des coteaux,
Qui caresse dans l’ombre le clocher de Cailhau.